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Du 4 au 12 mai 2012

Samedi 31 mars 2012

"Salle Voltaire" à Villerupt


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Histoire du flamenco

Poètes, romantiques ou voyageurs égarés l'ont un jour rencontré au détour d'une rue, comme un murmure porté par le vent, comme un écho de l'Andalousie. Le flamenco a nourri les récits de voyages, les recueils de poèmes, mais en cultivant toujours un certain mystère. Il est difficile de dépasser la barrière étymologique du mot « Flamenco », de même qu'il difficile de déterminer ses racines, tant les origines arabes, juives, byzantines, gitanes et andalouses y sont intimement mêlées. Les gitans seraient arrivés d'Inde apportant avec eux une musique étrange aux multiples accents, un chant qui aurait éclot sur la terre fertile de métissage qu'était l'Andalousie, absorbant ainsi les restes de cultures laissés par l'histoire.

L'histoire justement date l'arrivée des gitans en Andalousie au XVème siècle, quant à la légende, elle voudrait qu'au XVIIIème siècle, un certain Tio Luis El de la Frontera ait été le premier chanteur de flamenco dont on retint le nom. Histoire ou légende, cet écart de trois siècles permet tous les fantasmes.

Le 19ème siècle mettra un terme à ce flou artistique, durant lequel le flamenco est un objet sombre, insaisissable, existant à l'écart du public et c'est au hasard des fêtes gitanes que se démarqueront les premiers grands chanteurs, désormais désireux de se faire connaître hors des cercles privés. Francisco Ortega Vargas dit « El Fillo », un des premiers d'une longue série à participer à une plus grande ouverture du chant flamenco, sera le maître de Silverio Franconetti, fer de lance de la grande époque des cafés cantantes. Ce moment est décisif dans l'évolution du flamenco, non seulement les cafés cantantes se révèlent être de véritables tribunes pour les artistes flamenco, mais c'est par leur biais que ce dernier va entrer dans la ville. A son tour, Franconetti va tendre la main à un autre personnage emblématique du flamenco, le grand Antonio Chacon.

Le processus de démocratisation du flamenco est ainsi lancé, en 1922 Federico Garcia Lorca (cf photo) et Manuel de Falla organisent le premier concours de Flamenco de Grenade, avec toujours l'envie de faire connaître le flamenco, mais celui du cante jondo, encore peu connu du public. Le concours ne reçoit pas le succès attendu, trop difficile d'accès, le cante jondo ne parvient pas à toucher un public qui n'est pas ou peu préparé à recevoir ce « cri de l'âme ». Pourtant dans les années 60, un certain Antonio Mairena part à la recherche des lieux où sommeil ce chant, à la rencontre de ceux qui en détiennent le secret. Il introduit le chant gitan à son propre répertoire et propulse sur le devant de la scène un autre genre de chanteurs, une nouvelle façon de voir et d'entendre le flamenco.

Ces bouleversements esthétiques que va traverser le flamenco seront perçus différemment selon les artistes et si certains se réjouissent de cette notoriété flambant neuve, d'autres déploreront une dénaturation de leur art. Pourtant, on peut penser qu'aucune de ces formes n'est le produit de l'autre, qu'il n'y a pas de linéarité dans l'évolution. En même temps qu'un flamenco intimiste et traditionnel continuait à exister de manière privée et familiale, un autre flamenco se nourrissait lui, du bruit du monde. Ainsi, formes commerciales ou pures, chacun défend sa place, revendique sa légitimité. Les gitans déploient toute une stratégie identitaire, afin de se réclamer seuls détenteurs d'un flamenco originel, considérant tout ce qui est extérieur, tout ce qui n'a pas le lien de sang, comme imposture. Alors bien sûr, ils ont nourri le flamenco de leur violence, de leur vision du monde, mais d'autres aussi, payos (non gitans) y ont gravé un peu de leur histoire. Car le flamenco, permet cet espace de liberté, au delà des codes, il représente un lieu d'expression privilégié où chacun y mêle son style, y délivre son message. Le flamenco n'est pas que musique, chant, danse, il est une fusion de ces trois éléments, liés entre eux par la seule obsession du rythme. Le flamenco est avant tout un moment de partage, de générosité, une union, un moment de grâce, car de cela seulement peut surgir le duende.

« Les vrais poèmes du « cante jondo » ne sont de personne, ils flottent dans le vent comme des plumes d'or et chaque génération les habille d'une couleur différente pour les abandonner à celles à venir ». Federico Garcia Lorca

 

Corinne Bergé

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